25 mars 2008
Haut Atlas
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La Mosquée de Tinmel : une pureté absolue
En 1153, Abdelmoumen « le commandeur des croyants » fait construire une magnifique mosquée aux allures de citadelle. La ville est dotée de citernes, d’un atelier monétaire (où l’on frappe des dirhams carrés en argent), d’une médersa, d’une prison et d’un mausolée où est inhumé le Mahdi. Il ordonne la construction de la mosquée, un des plus précieux joyaux de l’architecture religieuse en Occident musulman. Cette mosquée de Tinmel servira de référence à la majorité des mosquées marocaines. Sa structure, son plan, ses proportions et sa décoration, en font un chef d’œuvre fondamental de l’art marocain. Ses dimensions sont de 48 mètres sur 43,60 mètres. Elle comporte 9 nefs longitudinales perpendiculaires à la direction de la Mecque. Le tout est surmonté de 4 coupoles en forme de voûtes à « mouqarnas » premières du genre en Occident musulman. L’équilibre des volumes est mathématiquement calculé selon un module présent jusque dans les plus petits détails (décoration…). L’harmonie esthétique et les proportions sont parfaites grâce à la disposition rigoureuse de tous les éléments (structures et décors). Tout converge vers le « mihrab » pièce centrale et élément le plus noble de l’édifice.
La mosquée de Tinmel reflète cette exigence de pureté et de sobriété des Almohades, autant dans la structure qu’à travers la composition ornementale. « Jamais encore, on n’avait vu tant de clarté, un accord si parfait entre le plan et le décor. Les mosquées des Almohades sont d’une harmonie souveraine où la masse ne joue aucun rôle » dira H.Terrasse.
Ibn Toumert
Au XI° siècle, Ibn Toumert part en pèlerinage à la Mecque. Il passe par Bagdad et Damas où il s’initie à la doctrine achaarite, orthodoxe. Il en revient tel un pur bigot, convaincu de la décadence des sultans almoravides. Il traverse plusieurs régions au Maroc et trouve enfin refuge à Aghmat (près de Marrakech). Il se comporte d’abord comme un guide spirituel, convaincu que le tawhidisme (unification de la foi, à l’origine de l’appellation, Almohades) doit devenir une morale imposée à tous. Reclus dans la montagne, il invite les gens à lui faire allégeance et ouvre la voie à une dynastie de califes. Officiellement, Mahdi Ibn Toumert est un saint. Il est présenté comme un homme du Souss, descendant du prophète, connu pour sa dévotion et sa science en matière religieuse. En fait, ce zélote fanatique plaide un retour à l’islam des origines. Il interdit la mixité, critique les hommes habillés de tuniques qui les féminisent. Il s’insurge contre les femmes non voilées du prince et s’en prend au malékisme de l’époque. Ibn Toumert joue à fond le rôle du Mahdi (prophète pressenti)."Mahdi" n’est d’ailleurs pas son prénom, mais son titre prophétique. Il serait en fait un Amghar de l’Atlas. Mais la croyance populaire voulait que le Mahdi soit un chérif arabe. Il semblerait même que les mosquées construites à l’époque aient été mal orientées (plus au sud que la Mecque). Il s’est avéré (des traités le prouvent) que la qabla était orientée vers le tombeau du Mahdi qui sans doute, se considérait comme s’il était un intercesseur entre la masse des croyants et Dieu. Les Almohades, étant en somme des bigots, maintiennent l’exclusion des descendants du prophète, susceptibles de concurrencer leur mahdisme. C’est le début d’une conquête (menée avec une armée de 4000 fidèles) qui s’achèvera aux portes de Marrakech, dans le nid d’aigle de Tinmel, où il est enterré. Son successeur, Abdeloumen Ibn Ali, entre à Marrakech, renverse les Almoravides, et finit ses conquêtes dans le Califat de Grenade. À partir de la mosquée de Tinmel, il crée un groupe de 10 adeptes et un cercle de 50 sympathisants. Il déclenche une opération de purification morale au sein de la société. Les premières cibles d’Ibn Toumert et de ses disciples, sont les Soufis et les Juifs. Les premiers prônent l’égalité des croyants et refusent tout contact avec le pouvoir. Les seconds sont obligés de se convertir et de porter des habits noirs pour ne pas passer inaperçus. Jamais, le Maroc n’avait connu un régime aussi fanatique.
Al-Muwahhidin
Les Almohades, « Al-Muwahhidin » (les Unitaires) sont une communauté religieuse qui professe au sein de l’Islam, l’unicité absolue de Dieu. Pour eux, Mohamed Ibn Toumert, l’initiateur de leur doctrine, est un « Imam Impeccable », un Messie de la fin des temps. Sa mission est de rétablir la justice là où règne l’iniquité comme cela est prescrit dans le coran. Ibn Toumert et ses disciples, dont Abdelmoumen lancent une guerre contre les Almoravides qui personnifient selon eux, le mal à combattre. L’installation des Almoravides dans le Haut-Atlas privait les montagnards de la jouissance des plaines et les confinait dans leurs vallées. Les montagnards se soulèvent donc aussi afin de reprendre possession des plaines alentours, débouchés naturels et aires de pâturage de leur bétail. Le mouvement prend forme à Tinmel. Une rigoureuse discipline religieuse et militaire annule les problèmes entre tribus de la région et leur confèrent une forte cohésion. Une administration fortement hiérarchisée puise ses cadres dans une école administrative créée par Abdelmoumen Ibn Ali « le flambeau des Almohades ». Une circulaire signée de sa main est d’ailleurs publiée depuis Tinmel en 1148. Elle proclame la lutte contre la corruption, assure la sécurité des routes… Cette discipline de fer instaurée au sein de la communauté almohade, aura raison du pouvoir almoravide.
La Mosquée de Tinmel : Berceau de l’Occident musulman
L’empire le plus vaste et le plus puissant que l’Occident musulman ait connu à l’époque médiévale a été conçu et organisé dans une bourgade perchée au fond d’une haute vallée de l’Atlas : Tinmel. Le ministre grenadin, Ibn Al Khatib (XIVème siècle) qui a dû traverser trente fois les eaux glaciales de Oued Nfis avant d’atteindre les lieux note que «même en rêve, un fantôme ne saurait emprunter ce chemin !». C’est pourtant de cette bourgade berbère, que sont partis les conquérants almohades, conduits par Ibn Toumert et Abdeloumen, pour former le plus grand empire que la Méditerranée occidentale ait connu depuis celui de Rome.
LÀ cent kilomètres environ, au sud de Marrakech, sur la route d’Asni, on entre dans la vallée du Tensift. Situé dans une enclave à laquelle on accède par un long chemin sinueux, apparaît le petit village de Tinmel. On se croirait en pays cathare ! Sur un premier promontoire, apparaît la kasbah. Puis, accrochée à flanc de montagne, une superbe petite mosquée se confond presque avec la roche. Ce bijou architectural est un bâtiment almohade. Il s’agit plus précisément de la mosquée de Tinmel, un des grands sites de l’histoire du Maroc, oubliée durant des siècles. La route montagneuse et sinueuse qui y mène longe l’Oued Nfis et relie Marrakech à Taroudant. Le site, déjà très difficile d’accès est renforcé par tout un système de fortifications. Tinmel est à l’époque des Almohades (XIIème siècle), une citadelle inexpugnable. Quatre hommes suffisent pour protéger le lieu et en interdire l’accès.C’est là, que le fondateur du mouvement almohade, le Mahdi Mohamed Ibn Toumert crée en 1120, un mouvement contestataire, avec la ferme volonté de déraciner totalement les Almoravides. Il y réussit grâce à son génie politique et au choix de ses compagnons dont le plus important est Abdelmoumen Ben Ali. La chevauchée dure près de 20 ans et finit par la chute de la dynastie almoravide et la prise de leur capitale Marrakech. Avec les Almohades, l’ensemble de l’Occident musulman, de Tunis à Marrakech et à l’Andalousie, se trouve unifié pour la première fois. C’est le début d’une grande civilisation que l’on considère désormais comme l’âge d’or du Maroc médiéval. Et Tinmel, bourgade berbère située dans le Haut Atlas marocain, devient la capitale spirituelle et le centre culturel de tout un empire. La dynastie des Hafsides, Ayant régné sur la Tunisie, est originaire de Tinmel et les premiers califes almohades y sont tous inhumés. De cette bourgade berbère, tout un empire fut orchestré par la baguette d’Ibn Toumert, le Mahdi des Almohades. « Comment a-t-il pu diriger des métropoles aussi prestigieuses que Cordoue, Grenade et Séville et des pays comme le Maroc et la Tunisie ? » se demande le vizir et écrivain grenadin Ibn Al Khatib en visitant Tinmel.
"Le Petit Tibet"
Le Haut Atlas est la chaîne la plus élevée du monde arabe. Avec 15 de sommets dépassant 4000 mètres, 800 sommets entre 3500 et 4000 mètres, 1500 entre 2500 et 3500, le Haut-Atlas s'étend sur plus de 700 km.
Les plus hauts sommets restent recouverts de neige de la mi-novembre à la mi- juin, les moins élevés de décembre jusqu'en mars/avril et les villages de fin-décembre jusqu'en mars.
Le Haut Atlas occidental, que l'on apperçoit de Marrakech, rassemble les plus hauts sommets du Maroc, dont le Jbel Toubkal (4167 mètres), le point culminant de tout le monde arabe. Bloc de grès et de granite fortement soulevé et entaillé de profondes vallées, regorgant de fôrets et de cascades, cette partie de la chaîne s'étire jusqu'au nord de Taroudant, puis ses plateaux et ses montagnes tombent brutalement dans l'Atlantique entre Tamri et Agadir.
Le Haut-Atlas Oriental, également très enneigé, avec ses gorges spectaculaires, ses hauts plateaux, ses crêtes calcaires plus érodées, culmine au Jbel Ighil M'Goun, à 4071 m.
Le Haut-Atlas Oriental, celui de la région de Midelt, d'Imilchil et de Rich, reçoit également de très abondantes chutes de neiges. Son relief morcelé est dominé par le Jbel Ayachi (3737 mètres)
Dans toutes ces parties du massif, les routes sont très souvent coupées pour quelques jours afin d'évacuer les abondantes précipitations de neige.
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