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Situé à l'extrémité de la face occidentale de Méditérranée, le Maroc a bâti son histoire au rythme des vagues de l'Atlantique.

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Les Iles Pourpres de Mogador : La couleur d’une histoire, celle d’Essaouira

En allant au port d’Essaouira et en regardant la mer, on remarque deux îles et de minuscules îlots proches de la côte. Cet archipel regroupe les îles de Mogador (ancienne Essaouira) ou îles purpuraires (de la couleur pourpre). Interdites d’accès, ces îles en apparence abandonnées, ont pourtant tant de choses à nous raconter…

Le site de Mogador connu depuis l'Antiquité accueillait déjà les Phéniciens, au VII ème siècle av. J.C.
Ils faisaient escale dans l´île de Mogador en descendant vers l'Afrique noire. Et lorsque les navires phéniciens, carthaginois, romains et portugais croisaient le long des côtes marocaines, la rade de Mogador les attiraient irrésistiblement. Plumes d'autruches, sel, épices, aloses, sucre, céréales, pourpre, chevaux, poudre d'or, étoffes... On y trouvait tout ce dont un marin peut rêver. Très tôt (au XIème siècle), Mogador desservit tout le sud du Maroc. Au XVIII ème siècle, le port et la ville en face des îles furent édifiés avec les premiers remparts. La plus importante de ces îles fut occupée de façon permanente pour la première fois, par les Romains à partir de la fin du premier siècle avant J-C. Le roi de Mauritanie Juba II y créa un établissement pour extraire la pourpre. Cette teinture était obtenue à partir d'un coquillage très répandu dans les fonds marins de la région: le murex. Ce précieux mollusque servait à fabriquer la couleur pourpre qui teignait les toges romaines. C’est donc ce colorant qui donna son nom aux îles Purpuraires.

Posté par Ibn Khaldoun, 19 juillet 2006 à 13:42

Des fouilles qui n’ont pas encore tout révélé

Les premières fouilles archéologiques, datant de 1950, avaient permis de découvrir sur le site des pièces de monnaies, des fragments en céramique et d'amphores de l’époque romaine. En 1951, un matériel, encore plus ancien (lampes puniques, épigraphie sémitique) fut trouvé, à plus de deux mètres de profondeur. Entre 1956 et 1959, une abondante céramique phénicienne, accompagnée de fragments d'amphores grecques et de vases chypriotes furent trouvés dans les niveaux inférieurs. Lors des travaux de 1957 une importante habitation Mauritanienne, remaniée et agrandie à l'époque romaine, sera découverte. Des archéologues marocains et allemands sont tout récemment allés sur les traces des vestiges de l'île de Mogador. Cette équipe scientifique avait pour objectif l'étude de l'île de Mogador et des occupations antiques qu'elle a connues : l'occupation phénicienne, mauritanienne, la période de Juba II et l'occupation romaine. D’ailleurs, pendant ces périodes antiques, le site d'Essaouira était déjà mentionné dans les récits des historiens, géographes et voyageurs. Certaines dénominations d’époque indiquent l'emplacement de Mogador : Thamusiga, citée par Ptolémée (IIe siècle av. J.-C.) et île de Cerné indiquée dans des textes antiques (Le périple d'Hanon au VIIe siècle av. J.-C.). L’équipe scientifique
maroco-allemande a travaillé pendant quinze jours sur l'île, classée Site d'Intérêt biologique et écologique (SIBE) depuis 1980. Par ailleurs, des géophysiciens ont effectué des prospections géophysiques. Ce programme, d'une durée de cinq ans renouvelable, est financé majoritairement par l'Allemagne. Il ne se limite pas aux fouilles. Il englobe aussi des formations pour la recherche. Des étudiants allemands et marocains intégreront l'équipe d'archéologues. Par ailleurs, deux amphores datant d'environ 2000 ans, ont été découvertes dernièrement. Elles ont été repêchées par un ramasseur d'algues aux environs de l'île, à une profondeur de 12 m.

Posté par Ibn Khaldoun, 19 juillet 2006 à 13:42

Histoire d’îles

L’île de Mogador est le site phénicien le plus à l'ouest de la Méditerranée occidentale. Lors de l'édification d'Essaouira au XVIII ème siècle, des batteries de canons furent placées en plusieurs points de la ville. À l'entrée du port fut construit un bastion circulaire, le Borj El Bermil. Afin de mieux défendre la cité et de faire de son port un lieu sûr pour les marchands, Borj El Assa (bastion de surveillance) fut bâti sur l'île de Mogador. Au total, huit batteries sont réparties sur les six îles faisant face à la ville. Ces constructions devaient aussi protéger Mogador du côté terrestre, contre les assauts des tribus insoumises. Cela se passe au milieu du XVIII ème siècle, sous la dynastie Alaouite. Le port devient une véritable base navale. Le sultan Sidi Mohamed Ben Abdallah décide de construire un nouveau port pour favoriser le commerce entre l'Afrique et l'Europe. Il fait appel à un français,
Théodore Cornut, disciple de Vauban, qui en dessine les plans. Les expéditions coloniales se succèdent en 1844. Deux compagnies françaises prennent part à l'expédition du Maroc. Au bombardement de Tanger, les fusées " à la Congrève " sont lancées par les artilleurs de marine, puis c'est, le 15 août, le bombardement et la prise de l'île de Mogador. La plus grande île de 300 hectares, appelée "île du pharaon", abrite un ancien bagne désaffecté, construit à la fin du XIX ème siècle ainsi qu'une mosquée avec son minaret et quelques fortifications abandonnés. Cette île est située à 800 m de l'extrémité de la jetée Ouest du port de la ville. Aujourd'hui, la visite de ces îles est devenue interdite. L’île de Mogador est un site protégé qui abrite une réserve ornithologique (mouettes, goélands…). Une espèce de faucons, le Faucon Eléonore (espèce très rare en voie de disparition) vient s'y reproduire entre avril et octobre avant de repartir pour Madagascar. Pour toute visite, il faut obtenir une autorisation de la province d'Essaouira.

Posté par Ibn Khaldoun, 19 juillet 2006 à 13:42

Essaouira la Tolérante

Comme toute ville musulmane, Essaouira, que les Occidentaux appellent Mogador, est une cité vertueuse. Pourtant, elle a eu son époque hippie. Une courte mais riche parenthèse débridée, où l'on osa tout. Celle-ci commença peut-être avec Judith Malina et Julian Beck, les fondateurs du Living Theater. À New York, dès 1947, ces pionniers du Off Broadway avaient imaginé de fusionner théâtre et réalité afin de purger la vie de ses hypocrisies. Appliquant à la lettre les écrits d'Artaud, promptement virée de la Grosse Pomme, leur troupe s'était tôt muée en communauté itinérante et avait battu pavillon noir un peu partout aux États-Unis puis en Europe. Jusqu'au Festival d'Avignon de juillet 1968 que le groupe boycotta parce qu'il n'était pas intégralement gratuit et qu'il ne pouvait y jouer son morceau de bravoure : Paradise Now. Soit un grand bazar de création collective, un happening médiocre mais symptomatique, avec clochettes, nudisme et tambours de chamans. Avec Combis Volkswagen, bébés et patchouli, ils seraient donc une trentaine à partir plus au sud relever le défi de l'émancipation universelle. Essaouira ? Pourquoi pas ? La vie sur cette côte n'était pas chère et il s'y tenait des nuits de transe «maraboutiques». Les mystérieuses pratiques «fakiriques» de diverses confréries d'origines immémoriales – les Hamadchas, les Aïssaouas et surtout les Gnaouas – intriguaient ces affamés d'ailleurs.

Judith Malina savait aussi sans doute que Mogador comptait 40% de juifs au début du XIXe siècle et qu'elle était une ville de tolérance. Si, de 1948 à 1967, cette communauté avait presque entièrement fondu avec l'Aliyah, la cité ne demandait qu'à revivre dans ce même esprit d'ouverture qui avait gouverné son passé et assuré sa prospérité. Déjà quelques jeunes intellectuels continuateurs de la lignée tangéroise Bowles-Gysin-Burroughs avaient posé là leur sac. Frédéric Pardo, artiste touche-à-tout, filleul de Sartre, pionnier du happening ; Lakhdar Boujemâa, inventeur d'un Musée d'art populaire qui révélerait les peintres singuliers d'Essaouira... L'excentrique Georges Lapassade, qui deviendrait le sociologue réputé de Paris-VIII et qui filait aussi la route à cette époque-là, rencontra les têtes du Living à Grenade et les accompagna. À destination, constatant l'état de misère d'une localité «très étrange, comme perdue, oubliée, loin de tout», il écrivit Ville à vendre, texte qui allait battre le rappel bien au-delà des colonnes d'Hercule. Par ailleurs, Julian Beck, qui était déjà allé dans le désert jouer Tirésias en 1967 devant la caméra de Pasolini pour son Oedipe roi, connaissait un peu le pays. Enfin, dernière explication de la venue du Living dans le petit port atlantique : la troupe était liée à Ira Cohen. Ce père du psychédélisme avait produit un documentaire sur la tournée américaine de Paradise Now. Or il avait vécu au Maroc de 1961 à 1966, publiant les écrits tangérois des exilés beat dans sa revue Gnaoua, du nom de la confrérie de musiciens guérisseurs la plus représentée à Essaouira.

L'année 1969 fut donc celle où tout se noua. Julian et Judith donnèrent le ton, prônant l'égalité, l'amour libre, le corps exhibé et le LSD sur scène comme à la ville. Ils migrèrent au bout de trois mois et demi sous d'autres cieux, mais à Essaouira, leur «théâtre dans la rue» tourna bientôt dans la société locale aussi naturellement qu'un sibsi bourré de kif. «Le groupe a rapidement intégré pas mal de gens du pays», se souvient André Azoulay, conseiller du roi et natif de Mogador. Alimenté par de nouveaux arrivants européens ou américains, le mouvement né du Living a compté plusieurs dizaines de hippies. Ils habitaient à l'Hôtel du Pacha, rebaptisé depuis Riad al-Madina, dans le village voisin de Diabat, sur la longue plage où le Front homosexuel d'action révolutionnaire, emmené par Guy Hocquenghem, monta un éphémère bordel d'Occidentaux à deux dirhams la passe, dans la résidence en ruine du sultan Sidi Mohammed Ben Abdallah, à Taghazout, ainsi que sur les îles Purpuraires, un ancien comptoir phénicien. «Sans juger de la manière radicale dont ils concevaient la liberté, ils étaient avant tout des esthètes», estime André Azoulay. En 1972 pourtant, les tensions qui existaient dès le départ s'exacerbèrent. De son côté, la police ne comprit rien aux nouvelles moeurs. Elle fit la chasse aux coiffures afro et, finalement, vers 1973, dispersa les derniers groupes sous un vague prétexte de trafic d'opium. Après leur départ, les jeunes Marocains qui s'étaient fondus dans le mouvement – ils étaient une quinzaine – ont été victimes de l'ostracisme de leurs compatriotes. «Je me souviens par exemple d'une fille-mère. Elle avait été si belle, elle était si seule», souligne Judith, la cadette de la famille Azoulay.

Si le maître gnaoua Abderrahman Paca – qui avait épousé une actrice occidentale et qui devint un des piliers de Jil Jilala puis de Nass el-Ghiwane, deux des formations les plus populaires du Maroc – ou Tayeb Saddiki, créateur du théâtre national, s'en sortirent brillamment, quel désenchantement depuis le grand rêve de 69 !

Il est vrai que cette année-là un touriste de marque avait hissé définitivement Essaouira aux premiers rangs de la hype des beautiful people. Le 28 ou le 29 juillet 1969, Jimi Hendrix descendait d'un vol first class JFK-Casablanca via Orly avec 2 100 dollars en poche. Son biographe le plus rigoureux, Caesar Glebbeek, assure encore que c'est au Méridien Royal Mansour de Casa, un 5-étoiles, qu'il passa sa première nuit africaine. Comment était-il arrivé là ? Son chef-d'oeuvre Electric Ladyland, paru depuis dix mois, avait fait une star du fougueux bluesman. Revers de la médaille, la pression était maximale. Son groupe, l'Experience, venait d'exploser, miné par les querelles d'ego. Pis : au Canada, des douaniers avaient saisi de l'héroïne dans ses bagages et Jimi, libéré sous caution, se trouvait menacé par un jugement fixé au 8 décembre. Enfin et surtout, Brian Jones, le leader déchu des Stones, venait d'être trouvé noyé dans sa piscine. Un peu de vacances s'imposaient.

C'est un ami de bringue, riche héritier, qui avait embarqué le Voodoo Chile dans l'aventure. Deering Howe partait rejoindre trois femmes. Stella et Luna Benabou, et Colette Mimram. Les deux soeurs, des Franco-Marocaines, étaient venues plus tôt avec la troisième pour quelques emplettes dans la médina qui serviraient à alimenter leur boutique de mode à Manhattan. Stella était l'épouse d'Alan Douglas, le créateur du premier disque de rap et d'albums où Malcolm X et Allen Ginsberg scandent des textes. Il collaborerait avec Jimi quelques mois avant que celui-ci ne meure. Lorsque Colette remarqua la silhouette cool qui débarquait derrière Deering, elle fut heureusement surprise. Le beau métisse Noir-Cherokee lui avait rendu quelque hommage par le passé, il n'était pas attendu, mais elle ne voyait aucun inconvénient à reprendre une liaison là où l'un et l'autre l'avaient laissée. Peace and love, ce n'était pas plus compliqué que ça. L'équipe loua une Chrysler avec chauffeur, direction Marrakech, à la Mamounia, un des meilleurs palaces du continent. Jimi n'avait emporté aucun instrument. «En revanche, Deering avait sa Guild acoustique», précise Yazid Manou, un des meilleurs «hendrixologues» mondiaux. Et Jimi ne put s'empêcher de la taquiner au bord de la piscine.

Marrakech était une fournaise. On poussa donc vers la côte. Hôtel des Îles et flâneries sur la plage venteuse. Jimi, sa bande et celle du Living se rencontrèrent au moins une nuit et fumèrent sûrement pas mal. Le lendemain, Jimi s'essaya à la marqueterie, s'acheta une djellaba, lut dans sa chambre des poésies. Et s'en retourna, reprenant les airs le 5 ou le 6 août pour préparer Woodstock. Trip éclair donc mais, s'étant déroulé entre le premier pas sur la Lune et les crimes de Charles Manson, il allait passer pour la métaphore parfaite de l'espoir et de la fin du rêve hippie. De ce voyage, pas une photo, pas d'enregistrement. Uniquement des rumeurs aussitôt cristallisées dans une légende de plus en plus riche. Elle attirerait Cat Stevens, Margaret Trudeau, Paul Simon, Paul McCartney, Led Zeppelin, les Rita Mitsouko... Non, pourtant, Hendrix n'a pas composé Castle Made of Sand à Essaouira. Mais peut-être que la chanson lui vint à l'esprit lorsqu'il aperçut les ruines du fort el-Baroud. Non, Timothy Leary, le pape de l'acid test, ne se trouvait pas sur place avec lui. Toutefois, il est sûr que les joints tournèrent à qui mieux mieux. Aujourd'hui, le fantôme du gaucher génial se croise partout au royaume de l'emphase méditerranéenne. On l'a vu dans un bar à shit à Oued Lahou, dans un autre sur les falaises de Tanger, au pied d'une cascade à Imouzzer... Il a dormi sur telle terrasse, tapé le boeuf avec tel percussionniste, gravi une montagne à Chefchaouen. En vérité, Hendrix n'a jamais mis les pieds dans le Rif et n'a joué avec personne sous ces latitudes. A-t-il seulement entendu les rythmes hélicoïdaux des Gnaouas ?

Loy Ehrlich aime à le croire. L'été prochain, lors du dixième anniversaire du Festival d'Essaouira, connu pour ses jams entre musiciens locaux et internationaux, celui qui en est un des directeurs artistiques prévoit de faire reprendre à la confrérie de ces descendants d'esclaves noirs les ultimes compositions de Jimi. Loy, qui a tendu le pouce jusqu'à Marrakech en 1971, est persuadé qu'elles ont été un peu inspirées par l'échappée belle de 1969. D'autres traces ? Actuellement à Diabat, un Jimi Hendrix Café meurt sur un terrain poussiéreux. Ses seuls clients sont les ouvriers d'une marina touristique qui va avaler le village. Au demeurant, Mogador le promet, il y aura toujours chez elle du rêve et de l'art. Il y a trop de vent l'été pour qu'y pousse autre chose.

Posté par Ibn Khaldoun, 24 août 2006 à 13:04

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Posté par yassine, 25 septembre 2007 à 23:29

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Posté par appartements, 26 septembre 2007 à 03:22

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Posté par appartements, 26 septembre 2007 à 03:23

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Posté par essaouira, 21 janvier 2008 à 01:24

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Posté par essaouira, 21 janvier 2008 à 01:25

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